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Avec le dimanche des rameaux, commence la semaine Sainte. Les offices de cette semaine sont les plus beaux, les plus significatifs de l’année. Ce sont des évènements qui ont donnés naissance à cette semaine et les plus importantes de toute l’histoire humaine.
L’atmosphère qui ressort du récit évangélique est joyeuse et festive, et derrière les chants d’acclamations qui accompagnent l’entrée du Christ dans la ville sainte s’annonce déjà son triomphe définitif sur la mort et le péché durant la nuit pascale. Mais le climat change avec les lectures de la messe qui mettent en relief les conditions nécessaires pour que ce triomphe puisse s’opérer. Comme le dit Saint Bernard : « Si la gloire céleste se trouve présentée dans la procession, dans la messe se trouve manifestée quelle route nous devrons emprunter pour la posséder. »
Cette route que nous pouvons contempler dans la personne même du Christ est celle de l’abaissement et de l’humilité, celle de l’obéissance filiale, de l’abandon entre les mains du Père, celle du don total par amour jusqu’à mourir sur la Croix.
L’hymne de l’épître aux Philippiens dans la deuxième lecture est peut-être le passage qui nous décrit cela de la façon la plus aboutie : « Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. »
Oui, Jésus est bien le Messie – Serviteur souffrant, annoncé par le prophète Isaïe, qui ne s’est pas révolté, qui ne s’est pas dérobé ; qui a présenté son dos à ceux qui le frappaient, et ses joues à ceux qui lui arrachaient la barbe ; qui n’a pas protégé son visage des outrages et des crachats selon la description de la première lecture. Mais c’est par ses souffrances que nous sommes sauvés, souffrances qui ne sont que le prolongement de son acte d’obéissance parfaite au Jardin des Oliviers.
Car c’est bien là que se joue notre salut. En communiant humainement à la volonté divine du Père, Jésus rétablit notre nature humaine dans une relation filiale avec le Père.
En choisissant d’entrer dans sa Passion et de la vivre jusqu’au bout, il exprime son abandon total entre les mains de son Père. Jésus nous sauve en accomplissant dans une nature humaine l’existence filiale parfaite.
La foule a salué Jésus qui entrait à Jérusalem. Mais la même foule qui criait « Hosanna » et « Béni soit celui qui vient » criera « Crucifie-le » ! Il y a dans la vie des moments où il est facile de se laisser entraîner à suivre et à acclamer Jésus. Mais saurons-nous reconnaître le visage du Christ dans notre quotidien ? Le suivrons-nous lorsque ce choix impliquera de porter la Croix ? Les textes de ce dimanche nous invitent à nous interroger sur notre attachement au Christ. Nous le reconnaissons et l’acclamons comme notre Roi, notre Sauveur, notre Rédempteur. Notre attitude devant la Croix, quand elle se proposera à nous, sera pourtant révélatrice de ce que représentent réellement pour nous ces titres que nous lui attribuons. Les textes de ce jour nous apprennent que le plus fondamental peut-être c’est d’entrer toujours davantage dans la même intimité, la même communion de volonté avec Jésus que celle qu’il entretenait avec son Père. C’est une invitation à prier toujours plus et toujours plus intensément. C’est, en effet, dans la prière seule, comme Jésus à Gethsémani, que nous trouverons la force de choisir et non pas de subir nos croix dans le don total de nous-mêmes. L’enjeu est de taille car c’est ici que se joue l’avènement du Royaume de Dieu.
« Seigneur, fais-nous la grâce, durant cette semaine sainte, d’être renouvelés dans notre attachement à ta personne. Fais-nous la grâce de savoir te contempler et t’écouter dans ta Passion, t’écouter parler à notre cœur, t’écouter nous dire : « Tu comptes beaucoup pour moi. »
Père Paul KONKOBO
« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. » (Jn 12,24) L’étonnante renaissance d’une graine ! Enfoui dans une terre fertile, le grain de blé se désagrège, se décompose mais ne reste pas stérile. Il germe et promet de surcroît une récolte abondante, prête pour la moisson. Une merveille de la nature. Cette Parole du Christ est un véritable hymne à la Vie. Une image marquante pour illustrer le passage de sa Passion à sa Résurrection. La Croix porte en elle le germe de Vie ! Le paradoxe fondamental de la foi chrétienne. Avec ce cinquième dimanche de Carême, nous nous avançons à grands pas vers Pâques. Jésus commence à ressentir le poids de son sacrifice. Pourtant, résolument, Il va au-devant de ses souffrances. Il est prêt à affronter ce parcours le plus accidenté de sa vie terrestre. Sa mort mènera l’humanité à la Vie. La Rédemption passe par ce don suprême. Malgré cette apparence de désarroi avant les événements tragiques de la Passion, l’Évangile de ce dimanche nous prépare à célébrer la Résurrection du Christ, la clé de voûte de notre foi chrétienne. Mais avant de pouvoir renaître spirituellement dans le Christ, nous sommes appelés à nous transformer de l’intérieur et à mourir à nous-mêmes. Ce n’est qu’à cette condition que nous parviendrons à la Vie éternelle. « Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle. » (Jn 12,25) Mourir à soi pour porter du fruit, garder jalousement sa vie c’est rester improductif. Le renfermement sur soi nous conduit à un isolement stérile.
L’égoïsme nous prive de la vraie Vie. Jésus nous invite à sortir de notre individualisme et à nous donner. Le chemin du vrai Bonheur se trouve dans cette ouverture de l’âme. En nous donnant aux autres, nous accédons à la pleine Vie. Ce don de soi stimule notre élan de cœur et relance notre vie spirituelle. Une exaltation au bout des sacrifices ! Mourir à soi-même pour renaître dans le Christ. C’est l’intime conviction de saint Paul : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » (Galates 2,20) Le sacrifice du Christ nous montre le chemin de l’Amour. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15,13) La force de sa Résurrection s’exprime à travers tous ceux qui ont la générosité de donner leur vie, ou une partie de son existence, pour faire régner l’Amour et la Paix dans le monde. Même au prix de grands efforts, la générosité est une source féconde d’énergie et de bonheur. Le don de soi nous procure de la joie et apporte en même temps du réconfort à notre entourage. ‘Veux-tu être heureux ? Donne du bonheur.’ (Antoine de Saint-Exupéry) Une magnifique réalité de la vie qu’on oublie si souvent ! …
Le Carême est dans une période de l’année où la nature se prépare à une renaissance après de longs mois de mûrissement. Autour de nous, la nature s’anime, elle s’est dépouillée de son ancienne carcasse pour renaître plus resplendissante. À l’approche de Pâques, nous sommes invités à nous émerveiller devant cette éclosion éclatante de la Vie. Le temps de Carême nous invite à nous transformer pour nous ouvrir spirituellement à une nouvelle vie bien meilleure. Dépouillons-nous de tout ce qui nous alourdit sur notre chemin vers Dieu. Saint Paul nous recommande : « Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. » (Éphésiens 4,23-24)
En cette fin de Carême, nous nous préparons à revivre la Passion du Christ dans la perspective de sa Résurrection. La commémoration de sa mort nous rappelle que le chemin de notre salut passe par ce don suprême. En mourant sur la Croix, Jésus nous mène vers la Vie ! Sa Résurrection concrétise son Amour pour les hommes. Jésus nous invite à Le suivre généreusement sur ce chemin : Nous dessaisir de nous-mêmes au profit d’autrui.
Que la Vie du Christ resurgisse en chacun de nous. Que son Amour sans limite resplendisse en notre cœur !
Père Aimé-Fulbert MALELA