Cette année, l’épidémie de COVID-19 oblige à vivre autrement les jours saints.
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Cette année, l’épidémie de COVID-19 oblige à vivre autrement les jours saints.




Chers amis du Christ, nous voilà au seuil de cette semaine Sainte, et nous y entrons par le porche que constitue la fête des Rameaux. Il y a beaucoup de monde dans les deux évangiles que nous avons entendu aujourd’hui ; il y a foule autour du Christ pour assister au drame qui se joue. Par la présence de cette foule nombreuse qui s’exprime, et qui tranche avec celle, souvent clairsemée, qui écoutait distraitement l’enseignement du Christ sur les routes de Galilée, on sent bien qu’il y a quelque chose de grave qui va se nouer… Mais à y réfléchir, et à voir nos comportements, ne sommes-nous pas, nous chrétiens, plus souvent que nous ne le pensons, cette foule des Rameaux ? Celle qui acclame aujourd’hui le Christ en jetant manteaux et rameaux sur le passage de cet étrange cortège, et celle qui condamnera, quelques jours plus tard…

Dans le premier tableau, les disciples sont là, entourant le Maître monté sur une ânesse ; étrange cortège en effet… Mais malgré l’enthousiasme de l’instant, malgré les hourras et autres Hosanna de la foule, les disciples sont inquiets… et ils ont raison, car cette foule est changeante. L’histoire est riche en exemples de retournements d’opinion. Les hommes savent mettre rapidement à mort ceux qu’ils ont encensés. Le seul qui ne se fait guère d’illusion ici, c’est bien celui qui la connaît le mieux, lui qui lui a si souvent parlé ; elle qui l’a pourtant si peu écouté…

Il ne lui a pourtant pas fait de fausses promesses. Il a rappelé, constamment, cette vérité, cette justice et cette grandeur de l’homme dont il était, au nom de Dieu, le messager, et même beaucoup plus : l’incarnation et la présence. Il a guéri les malades, nourri les affamés, relevé les blessés, rendu la vue aux aveugles, donné confiance à ceux qui doutaient d’eux-mêmes. Il a même donné de la joie, lorsque la fête pouvait être ternie ; et surtout, surtout, il a rendu aux anonymes leur visage et leur nom.
Oui, on le sait : elle changera rapidement d’avis cette foule. En écoutant et en suivant des orateurs au discours sans relief, sans conviction même, et muets comme Pilate qui ne sait comment venir à bout de ce jugement. Mais la foule veut du spectacle, comme nous souvent nous réclamons de gros titres à la presse qui finalement anticipe nos désirs… Cette foule qui réclamera la mort du Christ à grands cris, et qui oublie un peu vite tous les miracles faits pour ceux qui attendaient quelque chose de lui. Tout au plus, lorsque la croix meurtrira son épaule, lorsqu’il tombera par trois fois, et par trois fois lorsqu’il parviendra à se relever au prix de terribles souffrances, cette foule acceptera t’elle de verser quelques larmes, tout en se frayant une place sur les bords du chemin qui va conduire notre Seigneur au calvaire et à la mort.

Ne faisons-nous pas, nous, amis du Christ, encore aujourd’hui, parti de cette foule qui acclame et qui condamne. Tous, à différents niveaux, dans de multiples situations, et sous différents visages.

Et si, dans cette foule d’anonymes et dispersée aujourd’hui, et dont nous sommes, avaient lieu quelques conversions ?

Texte : Thierry Merle Diacre
Photo : La vie de Jésus Christ
Proposée par le Père Davy Bassila Benaz
Ezékiel 37, 12-14. Psaume 129 (130). Romains 8, 8-11. Jean 11, 1-45

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Du 1er au 5ème dimanche de Carême, notre cheminement vers Pâques s’illumine de signes. Signe de la Parole au désert de la tentation. Signe de la Croix au mont Thabor de la Transfiguration. Signe de l’Eau au puit avec la samaritaine. Signe de la Lumière à la sortie du Temple avec l’aveugle-né guéri. Signe, aujourd’hui, du Linge blanc au tombeau signifiant la re-naissance, le retour à la vie de Lazare. Voilà qui nous plonge dans les profondeurs de notre baptême et nous introduit dans le cœur de Dieu qui fait de nous ses fils par le Fils dans l’Esprit Saint.

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Par Amour, Dieu notre Père, Seigneur de l’univers, appelle ses enfants à la vie : «…j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! » (1ère Lecture). Par Grâce de l’Esprit Saint, Il nous arrache au pouvoir de la mort : « Dieu… donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (2ème lecture). Par son fils Jésus-Christ, la Résurrection et la Vie, qui ne retînt pas ses larmes au point de pleurer son ami, en effet, du tombeau va jaillir la vie : « Lazare, viens dehors ! Et le mort sortit » (Évangile). Que cette liturgie nous fasse entrer dans la contemplation de Dieu, source d’Amour dans le Père, de Grace par l’Esprit Saint et de Vie en Jésus-Christ.

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A Béthanie, au lieu du tombeau, Jésus cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit…A Nous qui sommes, aujourd’hui, dans la grotte fermée par la pierre de la pandémie, laissons la force du cri de Jésus nous sortir de cet enfermement pour croire et voir la gloire de Dieu.
A toi aussi, Jésus dit : sort du tombeau de la désespérance qui travaille ce monde menacé par le covid19 pour retrouver l’espérance qui fait avancer, progresser, mobiliser et aller. A toi écrasé par le poids du réel affligeant, accueille cet appel de Jésus : vis ; n’arrête pas de désirer dans le sens de croire, d’aimer et d’espérer. A toi actuellement confiné, diminué et réduit par la force des événements, que ce cri de Jésus libère ton esprit, délivre ta conscience de ce qui l’inquiète, arrache ton humanité de ce qui la retient esclave
Toi mon frère, toi ma sœur qui a un cœur pour écouter, laisse ce cri puissant de Jésus faire chemin à l’intérieur de toi. Qu’il arpente en toi les voies d’une Béthanie où ton âme se ressource et puise force et énergie. A toi le Lazare des temps actuels, laisse le cri de Jésus te rejoindre : « viens dehors ! »

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De quelle manière je cherche à m’ouvrir et à m’ajuster à la Parole de Dieu en ces temps d’épreuve ? A quelle conversion m’appelles-tu Seigneur en ces jours de grande inquiétude et de peur ? Comment ressaisir la vie de Dieu en moi dans un moment troublé et où l’actualité laisse place aux larmes et au bruit du deuil et de la douleur.
En ce Carême 2020, Seigneur viens à mon secours. « Des profondeurs je crie vers toi, …Dieu, écoute mon appel. Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière !…Mon âme attend…plus qu’un veilleur ne guette l’aurore… » (Psaume 129).
Ce dimanche, qui se trouve au milieu du Carême, est celui de la joie (cf. Ant. d’ouv.). Joie de voir déjà la lumière de Pâques poindre à l’horizon, joie aussi de ceux qui se reconnaissent en l’aveugle de naissance de l’Évangile guéri par Jésus, qui lui donne la lumière de la foi.
Jésus guérit doublement cet aveugle : en refaisant pour lui le geste du créateur, il lui rend d’abord la vue pour qu’il voie les personnes et le monde qui l’entourent ; il ouvre ensuite à cet homme né dans les ténèbres, symbole de l’humanité plongée dans la nuit de l’incroyance, les yeux de la foi.

Il y a lieu d’admirer l’évolution de la guérison spirituelle de l’aveugle. Il parle d’abord de « l’homme qu’on appelle Jésus » ; ensuite, il voit en lui « un prophète » ; après il reconnaît qu’il est « le Fils de l’homme » ; enfin, Jésus est pour lui « Seigneur ». La formule du miraculé : « Je crois, Seigneur ! » (Jn 9, 38a), avant de se prosterner devant Jésus, correspond plus ou moins à ceci : « J’étais aveugle, mais maintenant je vois. Pas seulement avec les yeux de chair, mais avec les yeux de la foi ». Le voilà passé « de l’ignorance à la confiance, de la peur à la joie. Acceptant de se laisser envoyer à la piscine de Siloé, il est recréé par l’eau qui régénère ».
Je crois que c’est à cela que tous, vous et moi, nous sommes invités. C’est-à-dire, comme cet homme, à passer des ténèbres de l’incroyance à la lumière de la foi. Plus exactement, à voir les gens, les événements, notre vie, l’histoire de l’humanité, la vie et la mission de l’Église avec « les yeux de Dieu » ; à avoir un regard bienveillant, un regard qui s’attache à discerner, avant toutes choses, ce qui est beau, ce qui est bien, et, grâce à ce nouveau regard, devenir capables de combattre ce qui est mal. Avoir ce regard de Dieu sur le monde qui nous entoure, nous laisser éclairer par la lumière de la foi et « témoigner de l’illumination du Christ dans nos vies à la façon de l’aveugle-né », voilà, me semble-t-il, l’essentiel de ce dimanche.
Le jour de notre baptême, nous avons reçu l’Esprit de foi, la lumière d’en haut pour vivre en enfants de Dieu, en « enfants de lumière ». Saint Paul nous le rappelle dans sa lettre aux Éphésiens : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur » (Ep 5, 8-10).
En cette période d’épidémie, nous sommes comparables au mendiant né aveugle de l’Évangile d’aujourd’hui. Comme lui, nous avons besoin de guérison. Nous sommes appelés à nous approcher davantage de Dieu et à découvrir sa volonté. Dans notre contexte, point n’est besoin de s’attarder à poser des questions du genre : « Rabbi, qui a péché […] pour qu’il soit né aveugle ? » Il nous faut tout simplement prendre conscience de « la fragilité de la vie humaine, exposée à l’imprévisible » et nous confier au Seigneur. L’aveugle guéri l’a bien compris, et son témoignage doit nous stimuler : « Dieu […] n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce » (Jn 9, 31). Ce qui importe, c’est de faire pénitence (cf. Lc 13, 3). La pénitence, comme signe de conversion, de repentir, est nécessaire au salut.

En cette période de Carême, puissions-nous, en suivant l’exemple de l’aveugle de naissance, nous laisser éclairer par la lumière du Christ. Ainsi nous pourrons le connaître mieux, l’aimer davantage et le servir plus fidèlement.
. Père Basile Nzereka Mulewa