HOMÉLIE DU 16ème Dimanche ordinaire C

HOMÉLIE DU 16ème Dimanche ordinaire C

Décidément, elle est bien déroutante cette Parole de Dieu, qui pourtant nous fait vivre.
Rappelez- vous, dimanche dernier, Jésus, en répondant aux docteurs de le Loi, définit le prochain comme celui qui prend soin d’un nécessiteux, loin donc du sens commun qu’on lui donne actuellement.
Aujourd’hui dans l’Évangile, Luc nous montre un Jésus qui rabroue Marthe alors qu’elle se met en quatre pour l’accueillir, et qui plus est, encense Marie qui pourtant ne fait rien, sinon l’écouter. Jésus, le verbe de Dieu, serait-il injuste envers les Hommes, encouragerait il la paresse ? On a dit beaucoup de sottises à propose de ce passage de l’Évangile. Entre autres, que Marie serait l’archétype des religieux et religieuses dont la contemplation, la prière, et l’adoration, constitueraient la «  meilleure part »puisque totalement consacrée à Dieu. Marthe, elle, serait l’icône de ces sans grade qui besognent, et à qui serait réservée la portion congrue : le labeur les miettes. Gardons nous d’ajouter la sottise à la sottise.
Il est vrai qu’après la lecture de l’accueil généreux fait par Abraham aux trois inconnus de Mambré (première lecture), on est désarçonné par le jugement sévère que porte, ici, Jésus, à l’endroit une Marthe hyper active pour l’accueillir dignement. Abraham, en bon oriental a le sens inné de l’accueil. Sans le savoir, mais dans son intime conviction de croyant, il pressent que ces trois visiteurs ne sont pas des voyageurs ordinaires, mais qu’ils sont des envoyés de son Seigneur et qu’ils ont un message à lui délivrer. Alors il se prosterne, leur lave les pieds, fait cuire le pain, tuer le veau gras.
Une lecture chrétienne de ce passage de l’Écriture donne d’ailleurs à croire que c’est Dieu lui-même ( Père Fils et Esprit) qui apporte à Abraham la nouvelle de sa mission de père de notre race  (si bien illustrée par Roublev dans l’icône de la Trinité.)
Qu’aurait pensé Jésus d’une telle débauche d’énergie ?
Mais Jésus est toujours là où on ne l’attend pas. Sans cesse il nous met face à nos responsabilités de baptisés. Sans cesse il nous ramène à l’essentiel.
Qu’est ce qui est premier ? qu’est ce qui est essentiel ?*
Jésus nous y ramène encore une fois.
Essayons de comprendre pourquoi Marie aurait choisi la « meilleure part ».
Rassurons- nous. Nous sommes tout à la fois Marthe et Marie. Tous, par notre baptême qui nous a fait Prêtre, Prophète, et Roi.
Prêtre, pour célébrer Dieu. Prophète pour annoncer Dieu, Roi pour construire de Royaume de Dieu.
Le Royaume c’est travailler concrètement à plus d’amour de justice de paix. C’est la part Marthe en chacun de nous.
Louer, annoncer, prier Dieu c’est notre part de Marie.
N’opposons pas l’une et l’autre. La meilleure part, la BONNE PART, c’est celle qui nous incorpore au Christ, à la fois Homme et Dieu.
Ce que Jésus semble reprocher à Marthe, ce n’est pas de s’activer pour l’accueillir, mais de s’inquiéter et de manquer de confiance en elle et en Dieu ; de penser que tout dépend d‘elle.
C’est une attitude qui nous guette tous, surtout les plus actifs , qui risquons de croire que tout dépend de nous
.« Ne nous prenons pas pour les sauveurs du monde » disait Mgr de Kérimel
La Bonne Part sera celle que nous prendrons dans le temps et le lieu que l’Esprit nous dictera.
Une fois de plus l’Évangile nous invite à l’humilité et au discernement. L’agitation peut certes, donner bonne conscience à son auteur, mais est-ce pour le bien commun ?
Il faut des « Marthe » pour que se réalisent les œuvres que Dieu nous confie.
Il faut des « Marie » pour nous rappeler l’origine, la source de toutes choses et de tous biens.. C’est Dieu
« Seule la foi sauve( dit St Jacques). Mais, montre- moi ta foi qui n’agit pas »
Cependant, prenons garde de ne pas nous arroger le monopole de la vérité.
Beaucoup se dévouent dans des organismes caritatifs, sans référence à leur foi mais au nom d’une certaine idée de l’Homme. Et c’est très bien ainsi.
Nous ne pouvons pas exiger des autres qu’ils pensent et agissent comme nous.
C’est précisément parce que nous sommes chrétiens, baptisés frères du Christ, fils et filles de Dieu, que nous devons la bonne et juste part à l’Homme et à Dieu
Rappelons- nous de la promesse faite à notre baptême par nos parents, parrain et marraine : « Vous demandez le baptême pour votre enfant. Vous devrez l’éduquer dans la foi et lui apprendre à garder les commandements pour qu’il aime Dieu et son prochain comme le Christ nous l’a enseigné. Êtes –vous conscients de cela ? » le OUI scelle la promesse
Le non croyant agira au nom de l’homme
Le croyant louera Dieu, en servant la créature et le Créateur.
C’est çà la Bonne part, celle de Marthe et celle de Marie ensemble
« La part à Dieu » disaient les mendiants au Moyen âge, en tendant la main
La part de Dieu : voilà la meilleure part
Amen
Bernard Buisson diacre
17.07.2022

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